« Torture généralisée et systématique » des prisonniers ukrainiens, dénonce l’ONU
Vertèbres cassées, orteils pliés par des chaussures trop petites, problèmes biliaires en raison de la mauvaise qualité de l’eau : Vladyslav Zadorin a mis du temps à se remettre du traitement qu’il a subi entre les mains des autorités russes pendant ses années de captivité. Soldat de l’armée ukrainienne, il était posté sur l’île aux Serpents, dans la mer Noire, lors de l’invasion russe du 24 février 2022. Ce sont des membres de son unité qui ont lancé la désormais célèbre phrase « Russian warship, go fuck yourself! » [« Navire russe, va te faire foutre! »] à l’équipage d’un navire qui exigeait leur reddition. Les quelque quatre-vingt soldats et gardes-côtes qui y étaient déployés, dont Vladyslav Zadorin, ont été faits prisonniers, d’abord en Crimée, puis dans d’autres installations pénitentiaires sur le territoire russe. Vladyslav Zadorin a été fait prisonnier dès le début de l'invasion russe, en février 2022. Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery L’équipe onusienne a rassemblé plusieurs centaines de témoignages, majoritairement de soldats mais aussi de quelques civils après leur libération. Lorsque des gens sont gardés captifs dans des centres de détention en Russie ou dans les territoires occupés par Moscou, On constate des conditions de détention terribles, un manque d’accès à des soins de santé, une absence de communications avec les familles et, parfois, la détention de civils, qui n’ont pas non plus accès au monde extérieur. En fait, selon l’ONU et les témoignages d’anciens prisonniers, ils sont coupés du monde extérieur et n’ont pas l’occasion d’entrer en contact avec leurs proches, ne serait-ce que pour leur donner signe de vie. Selon Vladyslav Zadorin, cela s’inscrit dans une forme de torture psychologique exercée par les geôliers et qui s’ajoute aux souffrances physiques. Or, si l’ONU a bel et bien recueilli des témoignages qui relatent des actes de torture ou des mauvais traitements imposés à des militaires russes par les Ukrainiens, L’ONU dénonce par ailleurs des cas allégués d’exécutions sommaires de prisonniers. Cette organisation assure qu'elle dispose d’informations vérifiées sur une soixantaine d’exécutions de soldats ukrainiens, alors qu’elle a transmis des informations aux autorités ukrainiennes sur la mort d’un militaire russe. Des militaires ukrainiennes relâchées près de la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie en septembre 2024. Photo : afp via getty images / ANATOLII STEPANOV Après presque deux ans dans diverses geôles russes, Vladyslav a recouvré sa liberté au début du mois de janvier 2024 à l'occasion d’un immense échange au cours duquel Kiev et Moscou ont mutuellement libéré des centaines de prisonniers. Si plusieurs de ces ex-prisonniers ont réintégré les rangs d’une armée aux prises avec un énorme besoin de soldats, une loi adoptée l’an dernier leur permet désormais de choisir d’être démobilisés. Dans son message du Nouvel An, le président Volodymyr Zelensky a affirmé que depuis l’invasion de 2022, près de 4000 Ukrainiens faits prisonniers par la Russie ont recouvré leur liberté.Des coups violents, parfois tous les jours, un traitement dégradant, de l’humiliation
: voilà ce que disent avoir constaté les employés de la mission du Conseil des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine qui produisent des rapports sur le traitement des prisonniers de guerre.Il y a un manque de produits hygiéniques et certains prisonniers ont raconté qu'ils ont dû attendre des mois avant de pouvoir prendre une douche ou de se brosser les dents. Certains ont perdu des dents
, ajoute la cheffe de mission Danielle Bell. Un rapport publié par son organisation en octobre 2024 fait aussi état de chocs électriques, de suffocations et de violences sexuelles
.Ils emmenaient l'un d'entre nous sous la douche, faisaient couler l’eau et appliquaient de l'électricité sur nos corps mouillés pour nous faire convulser et crier
, se souvient Vladyslav Zadorin.
nous n’avons aucun accès
, précise-t-elle.Depuis 2022, les prisonniers de guerre ukrainiens sont soumis à des actes de torture généralisés et systématiques, notamment à des violences sexuelles
, notent les enquêteurs de l'ONU.Pendant notre captivité, les forces spéciales nous disaient que nos militaires se livraient à de la torture sur les Russes […], qu’ils leurs arrachaient les dents et leur coupaient la tête
, se souvient l’ancien détenu.cela survient généralement sur le champ de bataille ou lors de déplacements
vers les centres de détention.Quand ils sont dans les centres de détention, cela respecte généralement les normes internationales
, assure Danielle Bell, dont les équipes ont accès aux prisons ukrainiennes, contrairement aux prisons russes.
Difficile retour à la vie civile
J'ai suivi une réhabilitation en Lituanie et en Ukraine, mais ça n'a pas suffi. L’Ukraine ne dispose pas de moyens de réadaptation suffisants pour les prisonniers de guerre
, explique ce militaire, qui n’hésite pas aujourd’hui à raconter son histoire et à militer pour un meilleur traitement des soldats qui, contrairement à lui, se trouvent toujours derrière les barreaux.
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